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nosferatuttiquanti
Description du blog :
Un peu de tout, impressions, coup de gueules, soupirs...
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Catégorie :
Blog Paranormal
Date de création :
24.08.2005
Dernière mise à jour :
01.12.2007
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Poesie

Demain dès l'aube

Posté le 14.11.2007 par nosferatuttiquanti
Demain, dès l'aube...

Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.


Victor Hugo pour sa fille.



--

Puisque j'ai mis ma lèvre

Posté le 28.09.2007 par Erzebeth
PUISQUE J’AI MIS MA LEVRE…

De Victor Hugo (1802-1885)


Puisque j’ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
Puisque j’ai dans tes mains posé mon front pâli ;
Puisque j’ai respiré parfois la douce haleine
De ton âme, parfum dans l’ombre enseveli ;

Puisqu’il me fut donné de t’entendre me dire
Les mots où se répand le cœur mystérieux ;
Puisque j’ai vu pleurer, puisque j’ai vu sourire
Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux…

Je puis maintenant dire aux rapides années :
- passez ! passez toujours ! je n’ai plus à vieillir !
allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
j’ai dans l’âme une fleur que nul ne peut cueillir !

votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
du vase où je m’abreuve et que j’ai bien rempli.
Mon âme a plus de feu que vous n’avez de cendre !
Mon cœur a plus d’amour que vous n’avez d’oubli !


Illustration : Le baiser de Rodin.

Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage

Posté le 16.09.2007 par Erzebeth
Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage,
Ou comme cestuy-là qui conquit la toison,
Et puis est retourné, plein d'usage et raison,
Vivre entre ses parents le reste de son âge !

Quand reverrai-je, hélas, de mon petit village
Fumer la cheminée, et en quelle saison
Reverrai-je le clos de ma pauvre maison,
Qui m'est une province, et beaucoup davantage ?

Plus me plaît le séjour qu'ont bâti mes aïeux,
Que des palais Romains le front audacieux,
Plus que le marbre dur me plaît l'ardoise fine :

Plus mon Loir gaulois, que le Tibre latin,
Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,
Et plus que l'air marin la doulceur angevine.



Joachim du Bellay, Les regrets.

Federico Garcia Llorca

Posté le 11.09.2007 par Erzebeth
Il y a quelques temps, on m'a fait la demande de poster des poèmes en espagnol d'auteur espagnol. Alors je m'y mets, même si je ne comprends pas grand chose à cette langue je dois avouer que ces poèmes ont des sonorités et un langage qui me plaisent...

A vous tout spécialement Sieur Parize...



CANCION OTOÑAL

Hoy siento en el corazón
un vago temblor de estrellas,
pero mi senda se pierde
en el alma de la niebla.
La luz me troncha las alas
y el dolor de mi tristeza
va mojando los recuerdos
en la fuente de la idea.

Todas las rosas son blancas,
tan blancas como mi pena,
y no son las rosas blancas,
que ha nevado sobre ellas.
Antes tuvieron el iris.
También sobre el alma nieva.
La nieve del alma tiene
copos de besos y escenas
que se hundieron en la sombra
o en la luz del que las piensa.

La nieve cae de las rosas,
pero la del alma queda,
y la garra de los años
hace un sudario con ellas.

¿Se deshelará la nieve
cuando la muerte nos lleva?
¿O después habrá otra nieve
y otras rosas más perfectas?
¿Será la paz con nosotros
como Cristo nos enseña?
¿O nunca será posible
la solución del problema?

¿Y si el amor nos engaña?
¿Quién la vida nos alienta
si el crepúsculo nos hunde
en la verdadera ciencia
del Bien que quizá no exista,
y del Mal que late cerca?

¿Si la esperanza se apaga
y la Babel se comienza,
qué antorcha iluminará
los caminos en la Tierra?

¿Si el azul es un ensueño,
qué será de la inocencia?
¿Qué será del corazón
si el Amor no tiene flechas?

¿Y si la muerte es la muerte,
qué será de los poetas
y de las cosas dormidas
que ya nadie las recuerda?
¡Oh sol de las esperanzas!
¡Agua clara! ¡Luna nueva!
¡Corazones de los niños!
¡Almas rudas de las piedras!
Hoy siento en el corazón
un vago temblor de estrellas
y todas las rosas son
tan blancas como mi pena.


Garcia Llorca

De profundis

Posté le 07.08.2007 par Erzebeth
De profundis


J'ose encore croire,
De toute ma vanité
Que les très hauts ne m'ont pas reniée.

J'ose encore croire,
En toute sincérité
A la candeur de mon âme.

A sa perversion non assouvie ?


E.

Agnus Dei

Posté le 07.08.2007 par Erzebeth
Agnus Dei

Des larmes de sang,
Des larmes de vie,
Qui perleront doucement
Sur tes joues palies
Par ma froide main,
Par mon coeur gelé.

Mon étreinte enfin,
Saura t'arracher
Des sanglots si divins
Que je m'y baignerai
Et ma renaissance en sera le gain.


E.

A Coffin is a Small Domain

Posté le 15.05.2007 par Erzebeth
A Coffin—is a small Domain

943

A Coffin—is a small Domain,
Yet able to contain
A Citizen of Paradise
In it diminished Plane.

A Grave—is a restricted Breadth—
Yet ampler than the Sun—
And all the Seas He populates
And Lands He looks upon

To Him who on its small Repose
Bestows a single Friend—
Circumference without Relief—
Or Estimate—or End—


A Coffin-is a small Domain, Emily Dickinson, 1884-1886.

J'aime beaucoup Emily Dickinson depuis que je l'ai étudié en cours à la fac. Je pense que je mettrai une biographie de cet auteur à l'avenir avec un petit article sur sa relation avec l'image de la mort...
C'est une idée que je me dois de creuser comme ma tombe mouhaha, hum (bad joke).

E.

Ophélie

Posté le 07.05.2007 par Erzebeth
I

sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
-On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanche, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
-Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

II

O pâle Ophélia ! Belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
-C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T'avais parlé tout bas de l'âpre liberté ;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
-Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !

III

-Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter ; comme un grand lys.


Ophélie, Arthur Rimbaud, Le bateau ivre et autres poèmes.


Oeuvre : La jeune martyre, Paul Delaroche.

Cette nuit-là

Posté le 06.05.2007 par Erzebeth
Cette nuit-là

Trois amis l'entouraient. C'était à l'Elysée.
On voyait du dehors luire cette croisée.
Regardant venir l'heure et l'aiguille marcher,
Il était là pensif, et rêvant d'attacher
Le nom de Bonaparte aux exploits de Cartouche,
Il sentait approcher son guet-apens farouche.
D'un pied distrait, dans l'âtre il poussait le tison,
Et voici ce que dit l'homme de trahison :
-"Cette nuit vont surgir mes projets invisibles.
Les Saint-Barthélemy sont encore possibles.
Paris dort, comme au temps de Charles de Valois;
Vous allez dans un sac mettre toutes les lois,
Et par-dessus le pont les jeter dans la Seine."
O ruffians ! Bâtards de la fortune obscène,
Nés du honteux coït de l'intrigue et du sort !
Rien qu'en songeant à vous mon vers indigné sort !

Comme ils sortaient tous trois de la maison Bancal,
Morny, Maupac le grec, Saint-Arnaud le chacal,
Voyant passer ce groupe oblique et taciturne,
Les clochers de Paris, sonnant l'heure nocturne,
S'efforçaient vainement d'imiter le tocsin ;
Les pavés de juillet criaient : A l'assassin !
Tous les spectres sanglants des antiques carnages,
Réveillés, se montraient du doigt ces personnages ;
La Marseillaise, archange aux chants aériens,
Murmurait dans les cieux : Aux armes, citoyens !
Paris dormait, hélas ! et bientôt, sur les places,
Sur les quais, les soldats, dociles populaces,
Janissaires conduits par Reybell et Sauboul,
Payés comme à Byzance, ivres comme à Stamboul,
Ceux de Dulac, et ceux de korte et d'Espinasse,
La cartouchière au flanc et dans l'oeil la menace,
Vinrent, le régiment après le régiment,
Et le long des maisons ils passaient lentement,
A pas sourds, comme on voit les tigres dans les jungles
Qui rampent sur le ventre en allongeant leurs ongles ;
Et la nuit était morne, et Paris sommeillait
Comme un aigle endormi pris sous un noir filet.
Les chefs attendaient l'aube en fumant leurs cigares.

O cosaques ! voleurs ! chauffeurs ! routiers ! bulgares !
O généraux brigands ! bagne, je te les rends !
Les juges d'autrefois, pour des crimes moins grands,
Ont brûlé la Voisin et roué vif Desrues !

Eclairant leur affiche infâme au coin des rues
Et le lâche armement de ces filous hardis,
Le jour parut. La nuit, Complice des bandits,
Prit la fuite, et, traînant à la hâte ses voiles,
Dans les plis de sa robe emporta les étoiles,
Et les mille soleils dans l'ombre étincelant,
Comme les sequins d'or qu'emporte en s'en allant
Une fille, aux baisers du crime habituée,
Qui se r'habille après s'être prostituée !



Cette nuit-là, Victor Hugo, Les Châtiments.
(Bruxelles, janvier 1952)



Qu'il est doux et bon de mourir pour sa patrie...

Posté le 05.01.2007 par Erzebeth
Une année s'achève, une autre commence.
En cet an de grâce 2007, j'ai décidé de vous faire découvrir ou redécouvrir un poète qui est malheursement peu lu de nos jours. Il faut dire qu'il est mort jeune et que son oeuvre se concentre sur des poèmes concernant la première guerre mondiale.
Joyau de la poèsie britannique de son époque avec Siegfried Sassoon, Wilfred Owen (1893-1918) mérite que l'on s'attarde sur sa prose tant par son sujet que par la critique humaniste de la guerre qui en ressort...


Dulce Et Decorum Est

Bent double, like old beggars under sacks,
Knock-kneed, coughing like hags, we cursed through sludge,
Till on the haunting flares we turned our backs
And towards our distant rest began to trudge.
Men marched asleep. Many had lost their boots
But limped on, blood-shod. All went lame; all blind;
Drunk with fatigue; deaf even to the hoots
Of disappointed shells that dropped behind.

GAS! Gas! Quick, boys!-- An ecstasy of fumbling,
Fitting the clumsy helmets just in time;
But someone still was yelling out and stumbling
And floundering like a man in fire or lime.--
Dim, through the misty panes and thick green light
As under a green sea, I saw him drowning.

In all my dreams, before my helpless sight,
He plunges at me, guttering, choking, drowning.

If in some smothering dreams you too could pace
Behind the wagon that we flung him in,
And watch the white eyes writhing in his face,
His hanging face, like a devil's sick of sin;
If you could hear, at every jolt, the blood
Come gargling from the froth-corrupted lungs,
Obscene as cancer, bitter as the cud
Of vile, incurable sores on innocent tongues,--
My friend, you would not tell with such high zest
To children ardent for some desperate glory,
The old Lie: Dulce et decorum est
Pro patria mori.



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