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nosferatuttiquanti
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Un peu de tout, impressions, coup de gueules, soupirs...
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Date de création :
24.08.2005
Dernière mise à jour :
01.12.2007
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Le requin avait des oreilles de lapin

Posté le 25.05.2007 par Erzebeth
Après les livres lus en 30 secondes voici l'essence des films résumés en 30 secondes par une bande de lapins complètement déjantés.

Si vous en avez assez de passer 4 heures devant votre télévision à regarder des films qui vous empêchent de parfaire votre culture littéraire en visitant book-a-minute, je vous conseille d'aller faire un tour chez les lapins qui font les remakes les plus originaux du silver screen.

Les productions Angry Alien vous offre la possibilité de voir en 30 secondes chrono Les dents de la mer, Pulp Fiction, Reservoir Dogs, un condensé des James Bond, La nuit des morts vivants, L'exorciste ou encore La guerre des monde (pas celui de Spielberg, l'autre).
Je vous garantie qu'un requin ou un pingouin avec des oreilles de lapin c'est pas banal.


http://www.angryalien.com/



--

Régime !

Posté le 25.05.2007 par Erzebeth
Bon, l'été approche à grands pas et tous les magazines féminins nous le disent : il nous faut perdre nos petits bourrelets disgracieux avant que d'aller se pavaner sur les plages.

Et puis c'est bien connu, pour faire baisser tout ce mauvais cholestérol qui nous empoisonne l'existence comme les artères il faut veiller à avoir une alimentation saine et équilibré.

Consciente de mes rondeurs (si il en reste !) et de ma propension à grignoter maladivement tout ce qui me passe sous la main (une tasse de thé et un estomac qui gronde), j'ai décidé de tester le régime zéro calories.
Pour se faire deux choix s'offrent à nous. Ah non finalement trois choix.

-Adoptez un ver solitaire du nom de Ralphy ou de Mustang si vous desirez un animal vigoureux. Ce brave Tenia aura l'avantage de vous faire maigrir même si vous avalez des quantités astronomiques de nourriture (bon j'admets qu'il ne faut pas exagérer. Contentez vous de manger normalement). En bon parasite qu'il est, il saura vous débarrasser des graisses comme des nutriments et vous fera don de jolis anneaux de mue semblables à des grains de riz. C'est beau les vers.

-Laissez tomber le solide. Un ou deux litres de thé agrémentés d'eau vous permettra de combler votre estomac sans le gain de calories ! En plus vous aurez assez de théine et de caféine dans le corps pour carburer comme une loco vapeur. F-o-r-m-id-a-b-l-e. Si vous n'aimez pas le thé il vous reste le café ou... la coke ? oups désolée.

-Dernière solution : la maladie. Tombez gravement malade (la méchante grippe, si elle n'est pas espagnole ou aviaire ne sert à rien). Vous n'aurez plus envie de manger ou alors vous ne conserverez aucun gain de vos repas.
Et si vous avez les oreillons la simple douleur à la perspective de déglutir vous empêchera de lorgner avec envie ce tentant Paris-Brest dans la vitrine du patissier.


J'ai testé deux solutions sur les trois énoncées et ça marche ! oui mesdames messieurs, j'ai trouvé deux solutions miracles pour vous.
13 kilos avec la maladie, 1 kilo par semaine avec le thé.


Absurde, pousse au crime, destructeur et proprement scandaleux ce billet ? Mais parfaitement, tout à fait. Mais n'est-ce pas scandaleux de titrer constamment "perdez 3 kilos (5 kilos) avec notre nouveau régime miracle à base de jus de chou rave" ?
Les régimes à la con n'en finissent pas de s'étaler vulgairement sur les pages et les écrans de nos médias. Et quitte à s'étaler vulgairement ou langoureusement, je préfère aller au musée d'Orsay pour observer Olympia le faire avec tant de grâce.


Bon c'est pas tout ça mais il me faut encore perdre un os avant de m'exhiber en short et T-shirt sur les plages. Un conseil le fémur est très lourd...


E. inique et cynique.

Mangez des pommes c'est bon pour le cholestérol.

Creep

Posté le 25.05.2007 par Erzebeth
When you were here before
Couldnt look you in the eye
Youre just like an angel
Your skin makes me cry
You float like a feather
In a beautiful world
And I wish I was special
Youre so fuckin special

But Im a creep, Im a weirdo.
What the hell am I doing here?
I dont belong here.

I dont care if it hurts
I want to have control
I want a perfect body
I want a perfect soul
I want you to notice
When Im not around
Youre so fuckin special
I wish I was special

But Im a creep, Im a weirdo.
What the hell am I doing here?
I dont belong here.

Shes running out again,
Shes running out
Shes run run run running out...

Whatever makes you happy
Whatever you want
Youre so fuckin special
I wish I was special...

But Im a creep, Im a weirdo,
What the hell am I doing here?
I dont belong here.
I dont belong here.



Creep, Radiohead.

Encéphalopathie spongiforme

Posté le 25.05.2007 par Erzebeth
Bon, encore une fois je pense qu'il est temps pour moi de me recentrer sur ma petite personne.

Et oui, encore une fois je viens me plaindre, crier et pleurer contre moi et ce qui m'énerve.
Et pourtant, Dieu sait que je n'aime pas me plaindre ! C'est paradoxal non ?

L'éponge qui me sert d'encéphale s'effrite et crie au crime en ces jours où la blancheur de l'âme (a-t-elle jamais été blanche ?) fait place au goudron et à la suie qui entourent de près mon esprit et mes humeurs. Après une suite d'événements malencontreux je me retrouve avec toute la noirceur dont je peux faire preuve au bord des lèvres.
Bien qu'essayant de la résorber, cette pousse au crime gagne du terrain et me fait douter de ma condition comme de ma valeur. Depuis longtemps je suis informée de ma vilainie comme de mon peu de valeur humaine ou monétaire. Cependant j'avais réussi à franchir quelque peu le cap en me disant que finalement, j'avais peut-être une valeur toute relative pour certaines choses. Que nenni, ma valeur est celle que l'on donnera à mes organes le jour de ma mort et croyez moi que l'on paiera peu cher ce qu'il restera de mes viscères distordus.
Plus que mes aigreurs d'âme, je pense que je ne suis pas faite pour m'aimer, même un minimum. Oh, on essaye, on tente par tous les moyens de me prouver le contraire et en cela je remercie d'un tendre baiser ceux qui l'ont tenté et essaye toujours de le faire. Je mets leur patience à rude épreuve et les lasses à mon grand regret.

Vous allez certainement vous dire que vous n'avez que faire de cet egocentrisme déplacé et que vous n'êtes venus en ces lieux que pour trouver un peu d'originalité.
Cependant aujourd'hui comme hier et la semaine dernière, je n'ai plus envie de rire ou de jouer les fanfarons. Juste l'idée d'un petit bout d'obscurité pour me retrouver et me plonger dans mes pensées.
Loin de moi l'idée de m'apitoyer sur mon sort car je sais que de telles choses ne mènent à rien pas même à une quelconque satisfaction fut-elle fictive. Mais en ce jour de cendres et de brumes j'ai envie de parler et de deverser mon chagrin comme ma haine à la face de vos écrans froids.

Rien de bien intéressant ni de constructif, juste de la bile noirâtre sans grande importance.
Mon desarroi comme ma peine se trouvent magnifiés par nombres d'événements qui ne sont pas tous tristes ou désarmants de pathétique. J'ai vécu il y a peu encore de charmants, de merveilleux instants que je ne regrette ni ne voudrais oublier pour rien au monde. Toutefois, mon cahier de doléances s'emplit quand même des pensées et des persiflages qui m'entourent.
A toi sombre idiot du village qui se prend pour un modèle de vertu et de réussite, je te crache au visage avec tout le venin dont je peux faire preuve. Ta face cramoisie d'orgueil n'a pas fait chavirer d'envie ceux que tu croyais épater. Ton attitude mesquine et méprisante n'a servi qu'à te discréter encore plus. Plutôt que de jouer le pathos des lunettes noires tu aurais dû faire profil bas et te faire discret. Les larmes de crocodile ne m'interpellent ni ne m'intéressent. Et quand à toi pathétique matrice cupide ne vois pas le jour de ta mort comme la réunion de ceux qui t'aimaient mais plutôt comme la visite de personnes forcées et contraintes par la proximité familliale.


Je crois que je ne suis pas faite pour aimer les gens, ou du moins pas tous. Il me faudrait m'apprécier un peu pour réussir à me noyer dans la foule avec bonheur. La marée humaine ne m'attire pas je préfère rester dans mon coin et passer pour l'hermite que de rire hypocritement. Plus que vous chers inconnus je me hais et n'aspire qu'à me détruire pour atteindre la plénitude de la perte d'existence et de conscience. Je ne pense pas à en finir, c'est lâche et courageux, et bien que lâche je ne suis pas courageuse. Je suis juste moi, un petit bout de chair vive qui s'agite, fait des pirouettes et ne vaut pas plus que le magma qui me sert de moteur. Je suis noire d'esprit et la suie de mes envies se mèle à l'obscurité de mon âme.


Toi, cendre de mes nuits porte moi jusqu'à l'Ether.
Je traverserai le Styx, suivrai Charon pour me noyer dans l'Hadès qui me poursuit.

A moi, la douleur de mes plaies,
A vous le dégout qui suit la contemplation d'icelles.



E. Amère.

Que ceux et celles qui me sont chers et ceux et celles qui me rendent visite ici bas se rassurent vous n'êtes pas dans mon lot d'embarras, vous êtes dans mes moments d'éblouissement et d'aveuglement que la joie et le contentement me procurent.











A Coffin is a Small Domain

Posté le 15.05.2007 par Erzebeth
A Coffin—is a small Domain

943

A Coffin—is a small Domain,
Yet able to contain
A Citizen of Paradise
In it diminished Plane.

A Grave—is a restricted Breadth—
Yet ampler than the Sun—
And all the Seas He populates
And Lands He looks upon

To Him who on its small Repose
Bestows a single Friend—
Circumference without Relief—
Or Estimate—or End—


A Coffin-is a small Domain, Emily Dickinson, 1884-1886.

J'aime beaucoup Emily Dickinson depuis que je l'ai étudié en cours à la fac. Je pense que je mettrai une biographie de cet auteur à l'avenir avec un petit article sur sa relation avec l'image de la mort...
C'est une idée que je me dois de creuser comme ma tombe mouhaha, hum (bad joke).

E.

Je suis pure et innocente

Posté le 15.05.2007 par Erzebeth
Et voilà, ça se confirme, je le savais déjà mais...
Je suis venu, j'ai vu et j'ai vaincu le test !
Les résultats parlent d'eux même, je suis blanche comme l'agneau qui vient de naître... Ceux qui en doutaient vont en rester muets !

Résultats du test de pureté :

"Votre score est de 101 point(s). : 101
Juste supérieur à la moyenne. Tout ce qu'on peut dire, c'est que vous êtes sorti(e) de chez vous quelques fois !
(Un bon début ! C'est un score juste supérieur à la moyenne ! Ah ah, voila ce que ça fait, la jeunesse décadente :P)

Pour votre information, le score moyen obtenu pour votre âge (26 ans) est de : 157"


Et les scores peuvent atteindre le fou résultat de 450%...
Je vous le dis je suis pure et innocente. D'ailleurs, l'auréole qui ceint ma tête est d'une blancheur opalescente...

Si vous aussi vous voulez voir si vous êtes pur ou complètement débauché rendez-vous sur http://test.griffor.com et acceptez la vérité sans broncher !



E.

Histoires de cadavres

Posté le 15.05.2007 par Erzebeth
Macchabées
La vie mystérieuse des cadavres


On est toujours curieux de savoir ce qui va arriver à notre enveloppe charnelle quand on meurt. En effet, le corps humain à toujours fait l’objet de recherches et d’expérimentations diverses au cours des siècles. C'est en explorant cette enveloppe corporelle que les principales découvertes relatives à la chirurgie et à la médecine ont été faites. C’est en bravant les interdits de la dissection que des hommes comme Léonard de Vinci et Ambroise Paré ont pu (re)découvrir le fonctionnement du cœur ou la ligature des vaisseaux sanguins.
Dans cet ouvrage, Mary Roach, journaliste, s’attache à faire découvrir les études et expériences menées sur le corps humain au fil des siècles. Elle détaille tout, l'approche de la résurrection, les exercices «grandeur nature» des futurs chirurgiens esthétiques ou les études balistiques en lien avec la criminologie ou le monde automobile. Mary Roach a à cœur de ne négliger aucune piste et même le cannibalisme à «vertu thérapeutique» est abordé sans tabou. Il ne faut pas oublier les différentes méthodes d’inhumation, de conservation, d’incinération qui sont également détaillées avec beaucoup de soin. De plus, pour donner une tonalité pour le moins brute, Roach n’a pas hésité à décrire ses expériences face à des dissections ou des études de décomposition corporelle en plein air. Tout est décrit avec précision mais sans pour autant réserver l’ouvrage à des professionnels et l’auteur ne se prive pas de donner une petite touche d’humour noir pour dédramatiser les faits ou exorciser des peurs primales. Ainsi rien n’est épargné, de la chirurgie à l’incinération, tout y passe. Roach fini même par se demander ce qui sera le mieux pour son corps, un don à la médecine, un cercueil en chêne ou un tour au columbarium. La question reste en suspens et ce, même pour le lecteur.


Macchabées, la vie mystérieuse des cadavres, Mary Roach, Calmann-Lévy, 2005.


E.

La "faim" justifie-t-elle les moyens ?

Posté le 08.05.2007 par Erzebeth
Ce n'est pas nouveau, des gens meurent de faim et de malnutrition tous les jours dans le monde. Mais, concrètement qu'est-ce qui est fait pour remedier à ça ?
Est-ce que la production de masse des pays industrialisés contribue à aider les pays pauvres. Est-ce que les aides des ONG suffisent à palier les problèmes du tiers-monde ? Lorsque tous les gros pays s'unissent pour dire que la faim dans le monde "c'est mal et pas beau" et qu'ils balancent une poignée de riz pour se donner bonne conscience, peut-on parler d'aide humanitaire ?


Voici quelques unes des questions que l'on peut se poser en ressortant du visionnage du documentaire We Feed the World de Erwin Wagenhofer. Si vous voulez vous rendre compte du gaspillage que l'Europe fait jour après jour avec son alimentation vous n'allez pas être déçus...

Des cultures légumières en passant par l'élevage tout y passe ou presque. On apprend comment on jette des tonnes de pain encore comestibles sous les yeux effarés de ceux qui n'ont pas les moyens de s'en acheter. On voit comment les superpuissances de l'agro-alimentaire pourrissent les petites exploitations. Vous connaissez Pioneer ? Premier fournisseur de semences ? Qui inonde le marché de graines hybrides utilisables qu'une fois car stériles et qui rend les exploitants dépendant de ses semences ?
Ou Nestlé donc le grand patron se préoccupe plus de faire du profit que d'autre chose et voit das le discours des ONG prônant que l'eau doit être accessible à tous une atteinte au commerce. L'eau étant une denrée rentable...

Et que dire des conditions d'élevages des poulets qui se retrouvent dans nos assiettes sous forme d'escaloppes normande ?
Le réalisateur nous montre le destin de ces pauvres volailles dans toutes l'horreur de sa réalité. De la ponte à l'abbatoir rien n'est épargné. Et voir des poussins pris par poignées pour être jetées dans des bacs de tri pour ensuite être gavés et abbatus, ce n'est vraiment pas appétant.
Même si l'on est conscient de l'élevage en batterie, rare sont ceux qui ont pleinement conscience de l'horreur et de la cruauté que cela sous-entend.

Sans compter que en plus de gaspiller à tout va les ressources d leur lieu de vie les pays riches colonisent les pays pauvres pour y installer des productions agricoles de masse pour la rentabilité et le profit. Vous aimez le soja ? Et bien sachez que ce haricot mungo est l'une des principale cause actuelle de la déforestation en Amazonie...

Vraiment ce documentaire, malgré quelques longueurs mérite le coup d'oeil. Sans tomber dans le misérabilisme, il montre la bétise humaine dans toute sa splendeur. Pourquoi se préoccuper des autres quand on fait du profit ?


We feed the world, le marché de la faim, Erwin Wagenhoffer, encore dans les salles.




Ophélie

Posté le 07.05.2007 par Erzebeth
I

sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
-On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanche, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
-Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

II

O pâle Ophélia ! Belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
-C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T'avais parlé tout bas de l'âpre liberté ;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits ;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits ;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
-Et l'Infini terrible effara ton oeil bleu !

III

-Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter ; comme un grand lys.


Ophélie, Arthur Rimbaud, Le bateau ivre et autres poèmes.


Oeuvre : La jeune martyre, Paul Delaroche.

Cette nuit-là

Posté le 06.05.2007 par Erzebeth
Cette nuit-là

Trois amis l'entouraient. C'était à l'Elysée.
On voyait du dehors luire cette croisée.
Regardant venir l'heure et l'aiguille marcher,
Il était là pensif, et rêvant d'attacher
Le nom de Bonaparte aux exploits de Cartouche,
Il sentait approcher son guet-apens farouche.
D'un pied distrait, dans l'âtre il poussait le tison,
Et voici ce que dit l'homme de trahison :
-"Cette nuit vont surgir mes projets invisibles.
Les Saint-Barthélemy sont encore possibles.
Paris dort, comme au temps de Charles de Valois;
Vous allez dans un sac mettre toutes les lois,
Et par-dessus le pont les jeter dans la Seine."
O ruffians ! Bâtards de la fortune obscène,
Nés du honteux coït de l'intrigue et du sort !
Rien qu'en songeant à vous mon vers indigné sort !

Comme ils sortaient tous trois de la maison Bancal,
Morny, Maupac le grec, Saint-Arnaud le chacal,
Voyant passer ce groupe oblique et taciturne,
Les clochers de Paris, sonnant l'heure nocturne,
S'efforçaient vainement d'imiter le tocsin ;
Les pavés de juillet criaient : A l'assassin !
Tous les spectres sanglants des antiques carnages,
Réveillés, se montraient du doigt ces personnages ;
La Marseillaise, archange aux chants aériens,
Murmurait dans les cieux : Aux armes, citoyens !
Paris dormait, hélas ! et bientôt, sur les places,
Sur les quais, les soldats, dociles populaces,
Janissaires conduits par Reybell et Sauboul,
Payés comme à Byzance, ivres comme à Stamboul,
Ceux de Dulac, et ceux de korte et d'Espinasse,
La cartouchière au flanc et dans l'oeil la menace,
Vinrent, le régiment après le régiment,
Et le long des maisons ils passaient lentement,
A pas sourds, comme on voit les tigres dans les jungles
Qui rampent sur le ventre en allongeant leurs ongles ;
Et la nuit était morne, et Paris sommeillait
Comme un aigle endormi pris sous un noir filet.
Les chefs attendaient l'aube en fumant leurs cigares.

O cosaques ! voleurs ! chauffeurs ! routiers ! bulgares !
O généraux brigands ! bagne, je te les rends !
Les juges d'autrefois, pour des crimes moins grands,
Ont brûlé la Voisin et roué vif Desrues !

Eclairant leur affiche infâme au coin des rues
Et le lâche armement de ces filous hardis,
Le jour parut. La nuit, Complice des bandits,
Prit la fuite, et, traînant à la hâte ses voiles,
Dans les plis de sa robe emporta les étoiles,
Et les mille soleils dans l'ombre étincelant,
Comme les sequins d'or qu'emporte en s'en allant
Une fille, aux baisers du crime habituée,
Qui se r'habille après s'être prostituée !



Cette nuit-là, Victor Hugo, Les Châtiments.
(Bruxelles, janvier 1952)



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